Vivre plus longtemps, oui… mais en bonne santé : les propositions de l’Institut Montaigne

Nous vivons de plus en plus vieux, mais pas forcément en meilleure santé. C’est le point de départ du rapport Longévité en santé – Prévenir pour mieux vieillir, publié par l’Institut Montaigne en septembre 2026. Sa conviction : la politique du grand âge ne doit plus seulement accompagner la dépendance une fois installée, elle doit agir le plus tôt possible pour la retarder, pour bien vieillir. Voici l’essentiel à retenir pour les seniors et leurs proches.

Un rapport porté par des acteurs du grand âge

Le groupe de travail est coprésidé par Sophie Boissard, directrice générale du groupe Clariane, Dominique Pon, directeur général de La Poste Santé & Autonomie, et le professeur Thomas Rapp, économiste de la santé. Le rapport paraît vingt-cinq ans après la loi de 2001 qui a créé l’allocation personnalisée d’autonomie (APA). Il formule six recommandations, réparties en quatre grands axes pour bien viei.

Le constat : des années de vie gagnées, mais pas toujours en bonne santé

La France vieillit rapidement. En 2025, pour la première fois, les plus de 60 ans (28,5 % de la population) sont plus nombreux que les moins de 18 ans. Le pays pourrait compter plus de 20 millions de personnes de plus de 65 ans en 2070, et près d’un tiers de notre vie se passe désormais après 60 ans.

Le problème tient à l’écart entre deux indicateurs. L’espérance de vie à la naissance atteint 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes. L’espérance de vie sans incapacité, elle, stagne autour de 64 ans, loin derrière la Suède (71,1 ans) ou le Japon (73,4 ans). Seuls 45 % des Français de plus de 65 ans se disent en bonne santé, et 57 % des Français s’inquiètent de leur propre vieillissement, la perte d’autonomie arrivant en tête de leurs craintes.

Sans changement de politique, le nombre de personnes de 60 ans et plus en perte d’autonomie passera de 2,7 millions en 2020 à 3,1 millions en 2030, puis augmentera de 36 % d’ici 2040.

Recommandation 1 : faire de la bonne santé une grande cause nationale

Le rapport propose de se fixer un objectif chiffré : rattraper, d’ici 2035-2040, les pays les plus avancés en matière d’espérance de vie en bonne santé. Sur le modèle de l’Institut national du cancer (INCa), un Institut national de la Longévité, qui pourrait être porté par l’IHU HealthAge de Toulouse, piloterait cette stratégie. L’enjeu est aussi financier : selon la Cour des comptes, chaque année de vie sans incapacité gagnée éviterait environ 1,5 milliard d’euros de dépenses de santé par an.

Recommandation 2 : dénutrition, isolement, chutes : les clés pour bien vieillir

Le rapport fait de la nutrition, de l’activité physique et du lien social des priorités de santé publique à part entière, accompagnées d’une vraie stratégie d’information des Français sur la prévention.

La dénutrition. La moitié des personnes âgées hospitalisées sont dénutries. Les idées reçues entretiennent le problème : 43 % des seniors pensent que leurs besoins nutritionnels diminuent après 65 ans, et 75 % qu’il vaut mieux manger léger pour ne pas grossir. C’est pourtant l’inverse : une alimentation suffisante, riche en protéines, protège les muscles et limite les chutes.

L’isolement. En 2025, 750 000 personnes de plus de 65 ans vivent en situation de « mort sociale », contre 300 000 en 2017, et près de 2 millions de plus de 60 ans sont isolées de leur famille et de leurs amis. La solitude augmenterait de 40 % le risque de démence. À l’inverse, les seniors qui pratiquent des activités collectives entrent en dépendance en moyenne 3,2 ans plus tard, et l’inscription dans un club sportif ferait gagner 2,8 années.

Les chutes. Elles causent plus de 10 000 décès de personnes de plus de 65 ans chaque année. Chez les seniors fragiles vivant à domicile, un besoin d’aide non couvert pour les gestes du quotidien augmente le risque de chute de 18 %.

Recommandation 3 : repérer les fragilités dès 50 ans

Le rapport propose de généraliser le programme ICOPE de l’Organisation mondiale de la santé et d’en faire la référence nationale pour repérer les fragilités dès 50 ans. ICOPE évalue six capacités : mobilité, mémoire, nutrition, vue, audition et moral. Ce repérage serait intégré à chaque contact avec le système de soins, qu’il s’agisse d’une consultation, d’une vaccination ou d’une simple prise de sang. Objectif : détecter tôt les premiers signes d’alerte, quand il est encore possible d’agir.

Recommandation 4 : doubler le nombre de soignants

La France compte à peine plus de deux professionnels pour cent personnes de plus de 65 ans, contre cinq en moyenne dans les pays de l’OCDE. Le rapport propose de doubler le nombre d’infirmiers, rééducateurs et autres paramédicaux en exercice, notamment en développant l’alternance et la validation des acquis de l’expérience.

Recommandation 5 : maintien à domicile ou EHPAD : un parcours plutôt qu’un choix

C’est l’un des messages forts du rapport : il faut arrêter d’opposer maintien à domicile et entrée en établissement. Les auteurs invitent à les penser comme une gamme de solutions qui se combinent et évoluent avec les besoins de la personne : domicile avec aides, résidences autonomie, résidences services seniors, habitat inclusif, accueil familial, EHPAD. Le bon choix est celui qui répond réellement aux besoins, aux souhaits et à l’environnement de chacun.

Le rapport propose d’organiser, dans chaque territoire, un parcours allant de l’évaluation des fragilités jusqu’à l’accompagnement, à domicile ou en établissement, en s’appuyant sur les structures existantes : EHPAD, soins médicaux et de réadaptation, services à domicile. Les EHPAD y jouent un rôle nouveau via les centres de ressources territoriaux (CRT), qui accompagnent aussi des personnes vivant chez elles. Un maillage déjà dense : 69 % des Français vivent à moins de 5 km d’un EHPAD.

Recommandation 6 : mieux partager les informations de santé

Enfin, le rapport appelle à généraliser l’usage du dossier médical partagé (DMP) et à créer une plateforme numérique nationale pour suivre le parcours des personnes fragiles. L’objectif est que chaque professionnel dispose des bonnes informations et que le suivi ne se perde plus entre la prévention, les soins et l’accompagnement à domicile.

Les aidants, pilier fragile du système

Plus de dix millions de Français aident un proche, en moyenne 13 heures par semaine, et 79 % assument seuls l’essentiel de cette charge. Or leur nombre diminue : entre 2008 et 2022, la France a perdu 340 000 aidants réguliers, alors que les besoins augmentaient. Pourtant, 71 % des Français comptent d’abord sur leur famille pour faire face au vieillissement.

Ce qu’il faut retenir pour vous et vos proches

Il n’est jamais trop tôt pour prévenir. Surveiller l’alimentation d’un parent, l’encourager à rester actif et entouré, faire le point avec son médecin dès les premiers signes de fragilité : ces gestes simples peuvent retarder de plusieurs années la perte d’autonomie. Et lorsque le maintien à domicile devient difficile, le choix d’un lieu de vie adapté s’inscrit dans cette même logique de continuité.

Vous cherchez une solution d’accompagnement pour un proche ? Consultez notre annuaire des EHPAD, résidences autonomie et résidences seniors.

Source : Institut Montaigne, « Longévité en santé – Prévenir pour mieux vieillir », rapport, septembre 2026.

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