Santé publique France a publié le 22 juillet 2026 son bilan provisoire de l’épisode de canicule survenu du 17 juin au 2 juillet. Les chiffres sont sévères : près de 5 800 décès en excès à l’échelle nationale, dont plus de 3 700 chez les personnes de 75 ans et plus. Retour sur ce que révèle ce bilan et sur les mesures de protection à mettre en place autour d’un proche âgé.
Canicule juin 2026 : Un épisode caniculaire d’une ampleur inédite
Le deuxième épisode de canicule de l’été 2026 a débuté le 17 juin et s’est étendu à 92 départements, soit 98,5 % de la population hexagonale. Sa durée moyenne par département a atteint 7,8 jours, et la vigilance rouge a été activée du 21 au 28 juin sur 72 départements — un niveau jamais observé jusqu’ici.
Selon Météo-France, l’intensité de cet épisode a dépassé celle de la canicule d’août 2003. Les 24 et 25 juin ont été les journées les plus chaudes jamais enregistrées dans le pays, avec pour la première fois une moyenne de 30 °C sur 24 heures. Sa précocité constitue un autre facteur aggravant : survenu en juin, l’épisode a frappé alors que les dispositifs saisonniers de prévention ne sont pas encore pleinement mobilisés et que les organismes ne sont pas acclimatés à la chaleur.
3 719 décès en excès chez les 75 ans et plus
Sur la période et les départements concernés, Santé publique France estime à au moins 5 764 le nombre de décès toutes causes en excès, soit une hausse de 36,2 % par rapport à la mortalité attendue. Il s’agit de l’excès de mortalité le plus élevé observé lors d’une canicule depuis 2003, sans toutefois en atteindre les niveaux. Plus de la moitié de ces décès se concentrent sur trois journées seulement, du 25 au 27 juin.
Les personnes de 75 ans et plus représentent les deux tiers de ce bilan, avec au moins 3 719 décès en excès (+ 33,3 %). En valeur absolue, aucune autre classe d’âge ne s’en approche : 936 décès en excès chez les 65-74 ans, 979 chez les 45-64 ans.
| Classe d’âge | Décès observés | Décès attendus | Décès en excès | % d’excès |
|---|---|---|---|---|
| 15-44 ans | 516 | 398 | 118 | 29,6 % |
| 45-64 ans | 2 747 | 1 768 | 979 | 55,4 % |
| 65-74 ans | 3 430 | 2 494 | 936 | 37,5 % |
| 75 ans et plus | 14 882 | 11 163 | 3 719 | 33,3 % |
| Tous âges | 21 674 | 15 910 | 5 764 | 36,2 % |
Source : Santé publique France / Insee, données non consolidées arrêtées au 20 juillet 2026.
Fait notable, un excès de mortalité a été relevé de façon inédite dans toutes les classes d’âge à partir de 15 ans. L’exposition à la chaleur a donc été suffisamment intense et prolongée pour toucher des populations habituellement épargnées — ce qui ne déplace pas pour autant le centre de gravité du risque : le grand âge reste le principal facteur de vulnérabilité.
Pourquoi le grand âge expose davantage
Plusieurs mécanismes se cumulent après 75 ans et expliquent cette surexposition :
- Une thermorégulation moins efficace. La capacité à évacuer la chaleur par la transpiration diminue avec l’âge, et l’adaptation cardiovasculaire à l’effort thermique est plus lente.
- Une sensation de soif atténuée. Le signal physiologique s’émousse, ce qui retarde la prise de boisson et favorise la déshydratation, parfois avant même que la personne ne se sente inconfortable.
- Des pathologies chroniques fréquentes. Insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, diabète, troubles respiratoires : autant de terrains sur lesquels la chaleur exerce une pression supplémentaire.
- Certains traitements. Diurétiques, antihypertenseurs, psychotropes ou anticholinergiques peuvent interférer avec l’hydratation ou la régulation thermique. Un ajustement temporaire relève de la décision du médecin traitant, jamais d’une initiative de l’entourage.
- L’isolement social. Une personne vivant seule, peu mobile ou souffrant de troubles cognitifs peut ne pas percevoir l’urgence de la situation ni alerter.
Domicile, hôpital, EHPAD : où sont survenus les décès
Sur les 21 674 décès toutes causes observés pendant la période, 46 % sont survenus en établissement hospitalier, 34 % à domicile et 16 % en EHPAD ou maison de retraite. La hausse a été visible dans tous les lieux de décès, mais est restée plus limitée à l’hôpital et en EHPAD.
Santé publique France appelle toutefois à la prudence dans l’interprétation de cette répartition : une confusion de déclaration peut subsister entre domicile et EHPAD à l’état civil, et certains décès survenus à l’hôpital font suite à une exposition à la chaleur qui a eu lieu au domicile ou en établissement.
Des écarts régionaux considérables
Toutes les régions ont enregistré un excès de mortalité, à l’exception de la Corse, de l’Occitanie et de Provence-Alpes-Côte d’Azur, moins intensément exposées sur cette période. L’Île-de-France est de loin la plus touchée, avec 1 999 décès en excès (+ 81,2 %), devant le Grand-Est (635 décès, + 38,9 %), les Pays de la Loire (553 décès, + 55,2 %) et le Centre-Val de Loire (511 décès, + 62,6 %).
Cet écart illustre un phénomène connu : l’effet d’îlot de chaleur urbain et l’absence d’accoutumance dans les régions habituellement plus tempérées pèsent lourdement sur le bilan.
Protéger un proche âgé : les réflexes à ancrer
Le rapport insiste sur un point : les mesures de prévention doivent être engagées sans attendre l’apparition des premiers impacts sanitaires. Concrètement, autour d’une personne âgée :
- Rafraîchir le logement : fermer volets et fenêtres en journée, aérer la nuit, et identifier à l’avance une pièce ou un lieu climatisé accessible (centre commercial, médiathèque, hall d’établissement).
- Faire boire régulièrement, sans attendre la soif : eau, potages froids, fruits riches en eau, laitages.
- Rafraîchir le corps : brumisateur, linge humide sur la nuque et les avant-bras, douche tiède.
- Multiplier les contacts : un appel matin et soir suffit souvent à repérer une confusion naissante, une fatigue inhabituelle ou une baisse d’alimentation.
- Inscrire la personne sur le registre communal des personnes vulnérables, tenu par la mairie ou le CCAS, qui déclenche un appel de veille en cas d’alerte.
- Alerter sans attendre en cas de maux de tête, nausées, crampes, somnolence, propos incohérents ou température corporelle élevée : ces signes justifient un appel au médecin traitant ou au 15.
En établissement, un sujet à aborder
Si votre proche vit en EHPAD ou en résidence, le plan bleu — obligatoire dans tout établissement médico-social — définit l’organisation prévue en cas de canicule. Il est légitime de demander à la direction quelles pièces rafraîchies existent, comment l’hydratation est tracée, et de quelle façon les familles sont informées en période d’alerte. Ce sont aussi des critères à intégrer au moment de choisir un établissement.
Ces estimations sont provisoires et portent sur des données de mortalité non consolidées. Santé publique France publiera un bilan estival définitif à l’issue de la période de surveillance.